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Nigeria : l’AES rejette les accusations de Tinubu sur l’insécurité et appelle à une lecture plus nuancée

par ANKA MALI TV
août 31, 2026
dans Afrique
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Nigeria : l’AES rejette les accusations de Tinubu sur l’insécurité et appelle à une lecture plus nuancée
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La tension monte entre le Nigeria et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Les autorités du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont contesté les déclarations du président nigérian Bola Ahmed Tinubu, qui a établi un lien entre l’insécurité dans les pays du Sahel et la dégradation de la situation sécuritaire au Nigeria.

Lors d’une rencontre avec des chefs traditionnels de l’État d’Oyo, le 31 juillet 2026, le président Tinubu avait notamment déclaré que certains des terroristes opérant au Nigeria n’étaient pas Nigérians et que l’insécurité au Mali, au Burkina Faso et au Niger contribuait à aggraver les difficultés sécuritaires de son pays.

Ces propos ont provoqué une réaction ferme des pays de l’AES, qui estiment que la situation sécuritaire régionale ne peut être réduite à une responsabilité imputée à leurs trois États.

L’AES conteste l’analyse de Bola Tinubu

La réaction des pays de l’AES a été portée notamment par le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean-Marie Traoré.

À Ouagadougou, les représentants des trois pays ont convoqué le chargé d’affaires nigérian afin de lui faire part de leur désaccord avec les propos du président Tinubu. Ils ont jugé son analyse inexacte et estimé qu’elle minimisait les efforts consentis par les armées du Burkina Faso, du Mali et du Niger dans la lutte contre les groupes armés.

Pour le ministre burkinabè, les quatre pays sont confrontés à une menace commune. Il a notamment défendu l’idée selon laquelle le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Nigeria font face au même ennemi, appelant ainsi à éviter les accusations susceptibles d’alimenter les tensions entre des populations liées par la géographie et l’histoire.

Cette réaction intervient dans un contexte régional déjà marqué par de profondes divergences politiques entre l’AES et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Une crise sécuritaire qui dépasse les frontières

Le débat soulevé par les déclarations de Bola Tinubu renvoie à une réalité complexe : les groupes armés opérant dans le Sahel et dans le bassin du lac Tchad évoluent dans un environnement où les frontières nationales ne constituent pas toujours une barrière efficace.

Le Nigeria est confronté à plusieurs formes d’insécurité, notamment l’insurrection jihadiste, les enlèvements et le banditisme armé. De leur côté, le Mali, le Burkina Faso et le Niger font face depuis plusieurs années à des attaques de groupes armés dans différentes zones de leurs territoires.

La proximité géographique entre ces espaces facilite les déplacements de groupes criminels et armés et complique le travail des forces de sécurité.

C’est précisément cette dimension transfrontalière qui rend la coopération régionale particulièrement importante.

Une contradiction apparente dans le discours nigérian

Un élément attire particulièrement l’attention dans cette controverse : alors que les propos du président Tinubu ont été interprétés par l’AES comme une mise en cause de la situation sécuritaire dans les trois pays sahéliens, le gouvernement nigérian plaide parallèlement pour davantage de coopération avec l’AES.

Le ministre nigérian de la Défense, Christopher Musa, a ainsi appelé début août à renforcer la coopération sécuritaire entre la CEDEAO et l’AES afin de lutter contre le terrorisme, l’insurrection et les réseaux criminels transfrontaliers.

Selon le ministre, les difficultés sécuritaires de l’Afrique de l’Ouest nécessitent une réponse coordonnée et inclusive. Il a notamment plaidé pour que les dirigeants de la CEDEAO et de l’AES trouvent un terrain d’entente afin de mieux protéger les frontières terrestres et de lutter contre les réseaux criminels opérant dans plusieurs pays.

Le véritable enjeu : la coopération sécuritaire régionale

Au-delà de la polémique diplomatique, l’enjeu principal reste la capacité des États ouest-africains à coordonner leurs efforts contre les groupes armés.

Depuis le départ du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO, la coopération régionale en matière de sécurité s’est complexifiée. Les trois pays ont développé leur propre cadre politique et sécuritaire à travers l’AES, tandis que le Nigeria reste l’un des principaux acteurs de la CEDEAO.

Cette fragmentation peut avoir des conséquences concrètes sur le partage du renseignement, la surveillance des frontières et la coordination des opérations contre les groupes armés. Des analyses régionales soulignent d’ailleurs que l’absence de mécanismes de coopération entre les deux ensembles peut affaiblir la réponse collective à une menace qui, elle, ignore les frontières.

Entre souveraineté nationale et menace commune

La controverse met également en lumière deux approches différentes.

Pour l’AES, chaque État doit pouvoir définir librement sa stratégie de sécurité et assumer la responsabilité de la protection de son territoire. Les autorités sahéliennes rejettent donc toute présentation qui pourrait donner l’impression que leurs politiques sont à l’origine des difficultés sécuritaires du Nigeria.

Pour Abuja, en revanche, la circulation transfrontalière des groupes armés impose de prendre en compte les évolutions sécuritaires dans les pays voisins.

Ces deux positions ne sont pas nécessairement incompatibles. Un pays peut défendre fermement sa souveraineté tout en reconnaissant qu’une menace transfrontalière nécessite une coopération entre États.

Une région confrontée à un choix stratégique

La controverse entre Tinubu et l’AES intervient donc à un moment particulièrement sensible pour l’Afrique de l’Ouest.

D’un côté, les divergences politiques entre la CEDEAO et l’AES restent profondes. De l’autre, la menace sécuritaire pousse les différents acteurs à reconnaître la nécessité d’une coopération régionale.

Le Nigeria lui-même semble envoyer des signaux allant dans cette direction. Quelques jours seulement après les déclarations de Bola Tinubu, son ministre de la Défense plaidait pour une coopération plus étroite entre la CEDEAO et l’AES dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière.

Le véritable défi pour l’Afrique de l’Ouest sera donc de dépasser les divergences politiques afin de construire des mécanismes de coopération sécuritaire capables de répondre à une menace qui ne connaît pas de frontières.

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